VOS TEMOIGNAGES
Ici déposez vos témoignages
Les survivants se font rares. Mais nous sommes nombreux à les avoir rencontrés. Vous pourriez nous en dire quelque chose. A nous de transmettre et témoigner.

Les survivants ont mis longtemps à parler. Maintenant ils disparaissent. Que faisons-nous de leurs témoignages ? Que faisons-nous, aussi, des milles histoires de ces rencontres ? Aussi anecdotiques soient-elles, partagez-le.
Appel à tout témoin, toute oreille, toute personne ayant échangé, partagé avec un rescapé ou un témoin de la Shoah.
Pareil si vous avez visité un des camps d’extermination, Yad Vashem, vous avez des choses à nous en dire. Vous avez probablement des photos et des récits à livrer aux autres.
Ne minimisons pas l’importance de toute transmission de vie.
Si vos mots sont courts, laissez les ici en commentaire.
S’ils sont long, envoyez les par courriel
Mihal-Talia : mihaltalia arobas yahoo.fr
Vous pouvez aussi collaborer comme rédacteur. Surtout si vous avez un texte à nous fournir. Commencez par vous Enregistrez un compte wordpress (ultra-rapide mais attention de cocher la case “juste un identifiant” tout en bas). Puis connectez-vous.




8 mars 2009 à 18:19
Et bien mon premier professeur de piano, un très vieux juif, monsieur Goldenberg, avait connu les camps tout petit. Il ne m’en a pas parlé beaucoup, juste une fois je crois bien, mais vu mon très jeune age je ne me souvient pas beaucoup de ce qu’il me dit. Je suis fier de l’avoir eu comme prof. je pense à lui dés que l’on évoque la Shoa. Le souvenir de cet homme sur son bon vieux Bosendorfer et moi à ses cotés, toujours souriant, offrant des cadeaux à ses élèves pour Noël, ne me quittera jamais.
15 mars 2009 à 16:52
J’ai envie de me souvenir ici du mot d’un ancien déporté. Je l’avais invité à un “brainstorming” de journalistes consacré à l’actualité de la lutte antifasciste. Il se répandait abondamment sur son engagement dans la résistance durant la guerre, sur les brigades internationales également, mais sans jamais mentionner les déportations. C’était d’autant plus troublant qu’il présidait une association d’anciens déportés juifs à Auschwitz à l’époque. Un moment, quelqu’un se permit de le lui faire remarquer. “Quoi ? Vous voulez que je vous parle d’Auschwitz ?”, répondit-il. Puis, avec un large sourire amer : “Des lits très inconfortables, des tauliers impolis, une hygiène et un service déplorables… Non : je ne vous recommande vraiment pas le séjour.”
15 mars 2009 à 17:14
Dans une autre vie de jeune étudiante, je lavais quotidiennement de vieilles personnes, dont plusieurs avaient survécu à l’infâmie des camps. Chaque fois que mon gant de toilette passait sur leur numéro tatoué, j’aurais voulu masser longtemps bras et coeur, comme pour compenser tant de douleur. Le silence les tue et les préserve.
Une dame, traumatisée, a mis longtemps à me faire confiance parce que j’étais nouvelle et de type aryen (blonde aux yeux bleus).
Un monsieur qui aimait que je m’attarde un peu sur son tatouage en le massant, ses yeux me le disaient en silence.
Une dame hurlait des alertes au gaz et au meurtre dans son lit. Laisser toujours sa porte ouverte, elle ne supportait pas “qu’on l’enferme”, même pour son intimité. Toujours avant d’éteindre, elle me suppliait de vérifier les radiateurs. Plus tard durant ma ronde, invariablement je la trouvai éveillée en sueur, s’agrippant à mes bras pour me raconter un peu de l’horreur, dans un état somnambulique. Chaque nuit était celle d’un enfant de 90 ans qui ne parvenait pas à oublier.
15 mars 2009 à 18:49
j’ai eu l’insigne honneur de recevoir pendant 6 ans de suite monsieur Steinberg, déporté à Auchwitz en juillet 44 sur dénonciation de ses voisins, avec sa famille entière (sauf son petit frère caché en Normandie). Il en revint seul.
Cet homme admirable (docteur en physique) venait très simplement faire comprendre à mes élèves de troisième ce qu’était la Shoah, comment elle frappait et qui l’orchestrait.
Maintenant qu’il ne peut plus venir, je mesure combien il est absolument nécessaire de préserver ce lieu, pour l’éducation à l’humanité des générations futures, en quelque sorte.
Merci Monsieur Steinberg.
16 mars 2009 à 09:31
cette seule conversation téléphonique avec Shelomo Selinger http://fr.wikipedia.org/wiki/Shelomo_Selinger , dont l’oeuvre me porte, à qui je tentais de dire quelque chose, l’immense émotion d’essayer de parler des Camps, le vertige, le sentiment écrasant d’illégitimité qui envahit quand on voudrait se mettre à écrire… il m’a répondu “vous écrivez, et ainsi vous faites un bien avec ce mal”. C’était il y a deux ans, et le chemin ne fait que commencer.
16 mars 2009 à 09:38
Enfant rescapé de toute une famille déportée – des dizaines de noms – et assassinée à Auschwitz et autres camps d’extermination, j’ai témoigné pour mes parents non revenus dans une autobiographie “Bubelè l’enfant à l’ombre” (L’Harmattan, 2007) et des pièces de théâtre, “Survivre ou la mémoire blanche” (Edition bilingue français-italien, Ed. CLUEB à Bologne, 2007) et “Mère de guerre” (Ed. Lansman, 2006), laquelle sera jouée ce 28 mars à Jérusalem (Théâtre Khan).
http://www.adolphe-nysenholc.be
27 mars 2009 à 16:28
Ernest ,mon grand’ père ètait né à Cracovie. En 1885 . Plus exactement à Podgorze, un faubourg juif de cette ville, juste de l ‘ autre côté du pont , au bord de la Vistule .
Il était le fils d’une famille de onze enfants , dont plus de la moitié ont émigré entre 1895 et 1910. Certains sont allés vivre aux Etats Unis, d’autres en Australie, à Londres. Mon grand’ père, lui, s’est installé avec un de ses frères, à Anvers
Jusquà la seconde guerre mondiale, Podgorze n’était pas un ghetto mais simplement un quartier juif où l’on vivait a peu prés normalement. Un peu la prolongation de Kasimiertz, le quartier juif traditionnel de la ville.
Et puis les Nazis sont arrivés et Ils ont vidé Carcovie de tous les Juifs qui y vivaient . Ils les ont regroupés, parqués dans un ghetto , à Podgorze justement ,dans le quartier de ma famille, derrière de hauts murs .
Avec, interdiction d’en sortir .
C’est là qu’Oscar Shindler a installé son usine . Là aussi que Roman Polanski a passé toute la guerre .
En 1942, les Nazis ont décidé d’évacuer les Juifs du ghetto de Podgorze soit vers Plazov, un camp de concentration situé tout prés , soirt directement vers Auschwitz.
Je n’ai jamais su exactement ce qui s’était passé pour ma famille.
Lazare Silberfeld, mon arrière grand’père etait mort,lui, dans les années 20 à Podgorze.
Ernest . mon grand’ père, était parti de Polgne en 1905 , et il a vécu toute sa vie à Anvers.
Mon père s’est installé à Paris . Il est mort en 1991. Je ne l’ai jamais entendu prononcer le mot de “shoah” ou d’ ” holocauste” .
Mais les autres, les frères , les cousins de mon qui étaient restés à Cracovie. QUe sont ils devenus ????
Il y a une douzaine d’années, je me suis rendu pour la première fois à Jerusalem et ‘jai découvert au mémorial Yad Vashem qu’ il y avait vingt-sept personnes portant mon nom qui avaient disparu à Auschwitz .Elles venaient toutes de Cracovie, ou des environs.
Deux fois déjà , et encore l’hiver dernier, je suis allé à Cracovie , cette ville sublime qui fut longtemps un refuge pour les Juifs chassé de toute l’Europe …..
A chaque fois , c’est comme un pélerinage . J’y visite des synagogues gardées par des Polonais , j’y ai bois de la bière et y mange du hareng dans des cafés tenus par les Polonais , j’erre dans des cimétières juifs , à la recherche de tombes portant ce nom: SILBERFELD et Je ne croise jamais personne à .
Cracovie est une ville trop vide, et ses cimetières sont trop pleins . trop pleins .
Il y a beaucoup de Juifs morts à Cracovie. Mais ….plus un seul Silberfeld.
Je voudrais bien raconter quelque chose sur Birkenau, ou Auschwitz, mais quoi ? Tout ce que j’y ai fait , c’est marcher dans le froid et pleurer.
Je n’ y ai trouvé aucune trace de ma famille, evidemment . j’étais content d’être là , pourtant , j’aurais été malheureux de ne pas y venir , au moins une fois .
Je me souviens , j’y étais allé en autobus et j’en suis revenu en train ,depuis la gare Oświęcim . Je me disais : “j’ai de la chance, d’être dans un train qui repart de cet endroit…”
La chance, surtout, d’être en vie .
,
19 mai 2009 à 08:37
les récits des personnes qui m’ont évoqués leur vécus sont bien trop indicible,
8 juin 2009 à 13:15
je suis la fille, d’un déporté, d’Auschwitz, Mr Salomon Sciaky, il a été à la fin de la guerre, à Mauthausen, et qui plus est , castré.
Vous comprendrez, le pourquoi, je suis sa fille adoptive. J’ai bien sur plein d’anecdotes de mon père, m/m étant petite.
13 juin 2009 à 07:02
Quelle est la couleur de la Shoah ?
Serge Ouaknine
Tout au long des répétitions de « Shulem »1, une question m’obsédait : qu’elle sera la couleur dominante de ce spectacle ? Quelle est la couleur de la Shoah ? Sa couleur possible ? Quels tons, quelles intensités des lumières pour que les objets et les êtres émergent comme la calligraphie d’une page blanche. J’étais certain de la texture des voix et des musiques. Mais quelle est la couleur de la Shoah qui ne soit ni misérabiliste, ni conceptuelle de l’art dit «moderne» ou «post-moderne», qui ne soit ni une illustration, ni un cliché. Quelle serait la couleur de ce que le public devra voir dans le flot de ce qu’il entendra ? Il me fallait trouver un ancrage intime, personnel pour guider les formes inévitables… Alors m’est revenue une seule certitude. Un souvenir de mon époque d’étudiant.
De 1965 à 1967, j’ai vécu en Pologne, en plein régime communiste, j’avais quitté Paris pour les Beaux-Arts de Varsovie puis pour Wroclaw (ex Breslau, en Silésie ) vers ce qui allait devenir le célèbre Théâtre Laboratoire du maître Jerzy Grotowski. Je fus un témoin, un disciple, un collaborateur. Je cherchais comme jeune artiste, en quête de lui-même et de ses racines, un pont entre mon Orient et mon Occident, je voulais rejoindre, moi né au Maroc, l’autre face de mon peuple, aller à la rencontre de ses ruines et en retrouver ses traces vitales. Ainsi j’ai marché jusqu’à Auschwitz – Birkenau, j’avais 22 ans. J’ai suivi la voie ferrée. Tout au long de ma carrière de metteur en scène et de professeur de théâtre, j’ai toujours trouvé un moment pour raconter ce qui m’a le plus marqué à Birkenau : le dedans des baraques peintes en blanc. Oui, les lits accumulés, des cages à lapins sordides, mais sur les murs, des centaines de graffiti quasi invisibles. De petites fleurs dessinées (en rouge), de petits dessins au crayon, des poèmes, des déclarations d’amour, des rendez-vous pour l’après-guerre avec des adresses, des numéros de téléphone à Lublin, Lodz, Katowice… De minuscules dessins humoristiques. Oui, un petit Juif avec un bâton courant après un kapo effrayé. Au cœur même de l’enfer, des fleurs et des rires. Mais d’où les prisonniers avaient-ils cette encre rose et violette pour laisser quelques signes et triompher des oppresseurs ? Les murs intérieurs étaient blancs. De loin seulement. De tout près, parfois même avec seulement un ongle, un prénom en yiddish, un visage gravé comme émergé de la neige. Telle est pour moi la couleur de la Shoah.
Aucun spectacle ne peut en conclure la forme. Nul ne peut prétendre la mettre en scène, sans mentir. L’horreur n’a pas d’image. L’horreur n’a pas de couleur. Et toute images de la Shoah, surexploitée, ne peut rendre compte du fait réel. Elle participe de l’irreprésentable. Seulement la vie, elle, triomphe du blanc. Petites taches de rien, plus forte que toute désespérance.
Ainsi ce qui conduirait la mise en scène de «Shulem», ne serait pas l’espace des choses visibles ni leurs effets (encore que cela représente un travail considérable pour les rendre simples) mais la continuité invisible : la texture sonore des mélodies tziganes et juives, les récits, les variations de la Pâque juive, le rite de la haggada. L’histoire vraie de Shulem Lev, est celle d’un père rescapé d’Auschwitz qui choisit de raconter à sa fille, jouant avec elle, ses aventures de la Grande Guerre, au pli de détours fabulaires, mythiques, toujours nouveaux et drôles, pour que son enfant préfère, à son tour, choisir la vie. Stratégie talmudique si sage. Pilpoul de paroles en langues plurielles, son enfant joue avec lui les mille et une variations de sa mémoire de rescapé, de soldat de l’armée soviétique… Une histoire plus vraie que la couleur des choses. L’acte de création et d’humour plus puissant que tout deuil. La célébration de la liberté, sortir d’Égypte comme sortir d’Auschwitz: fin miraculeuse d’un esclavage d’hier, confondu au rite de l’autre plus ancien. Un tissu de gestes rituels pour que les enfants qui héritent de la légende de Pessah accueillent la fécondité toujours recommencée du récit d’un peuple libre… Ainsi la petite fille, Gaby Lev, fille de Shulem, est devenue une artiste. Ayelet Stoller, son miroir juvénile. L’adulte dans l’enfant et l’enfant jamais effacé de l’adulte se souviennent. Avishai Fish et Gershon Wisefirer, porteurs et créateurs d’une musique vitale, précieuse, acteurs aussi de cette fécondité qui rit et qui pleure…
Les juifs ont survécu par le travail du Livre, les gitans par celui de la musique. Ainsi le père est sorti plus fort que Hitler. L’esprit de vie plus triomphant que toute mort ordonnée. Cela était clair, et cela est une bénédiction qu’il me fallait honorer. Je n’ai pas senti que je faisais un spectacle mais que j’élucidais ma propre vie. La réparation – le tikkun – est au-delà de la couleur.
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1 Note:
Ce texte d’introduction du metteur en scène figure en anglais et en hébreu dans le Programme du spectacle «SHULEM » créé em 2005 par le TCJ ( Teahtre Company Jérusalem) , récit sur la Shoah et qui a reçu un accueil unanime exceptionnel en Israël et a été invité au Festival Yiddish de Dresden en Allemagne et le Festival « Confrontation » de Lublin, en Pologne.
3 septembre 2009 à 22:50
Avec une équipe de la télévision chrétienne finlandaise nous avons interviewé des rescapés de la shoah au club Amitié avenue Ducpétiaux à Bruxelles. Nous avons pu nous entretenir avec eux. Il est fondamental de garder la Mémoire.